Le divorce est acté : le Royaume-Uni fera bientôt cavalier seul

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  • 8 min
  • December 31, 2020

Alors que le Royaume-Uni se réinvente en État souverain indépendant (mais lié à l’UE par un accord commercial a minima), quelles seront les conséquences pour les entreprises, l’investissement et l’économie des deux marchés ? Tour d’horizon des conclusions des sociétés de BNY Mellon Investment Management.

Après 47 ans de mariage, le divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne (UE) est enfin acté. Ce qui avait commencé en 1973 avec une adhésion pleine et entière à la Communauté économique européenne (CEE) sous l’égide du Premier ministre conservateur Edward Heath se terminera en 2021 sous la houlette d’un autre Premier ministre conservateur, Boris Johnson.

Ces presque cinq décennies n’auront pas été de tout repos. L’aventure européenne du Royaume-Uni a été marquée par les référendums de 1975 et 2016, à l’issue desquels les Britanniques ont choisi de rester dans la CEE puis de quitter sa descendante, l’UE, provoquant l’une des pires tempêtes politiques de l’histoire européenne récente (voir encadré).

Avec la conclusion d’un accord de dernière minute entre Londres et Bruxelles, c’est aujourd’hui la période de transition qui s’achève. Une question se pose : quelles seront les conséquences pour le Royaume-Uni, mais aussi pour les entreprises et les investisseurs actifs sur le sol britannique et à l’étranger ?

Les exportations britanniques à destination de l’UE pourraient être quelque peu pénalisées, mais la situation aurait été pire si le Brexit s’était soldé par un « no deal ». Elles atteignaient récemment environ 43% des exportations du Royaume-Uni, tandis que les importations européennes représentaient environ 52% des importations totales. Si Londres et Bruxelles n’avaient pas réussi à s’entendre, ce sont les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui auraient été appliquées, avec à la clé de nouveaux droits de douane[1]

Selon les prévisions de l’office britannique pour la responsabilité budgétaire, un « no deal » aurait coûté 2% de PIB de plus au Royaume-Uni en 2021, tout en faisant potentiellement flamber l’inflation, le chômage et l’emprunt public [2]. Un accord ayant été conclu, cette menace est désormais atténuée.

Brexit : un accord sur le fil du rasoir
Avantages

Continuité relative des échanges de biens, situation moins claire pour les services

Issue globalement positive pour les actions et les obligations

Tensions sur les prix probablement moins élevées qu’en cas de Brexit sans accord

Inconvénients

Risque de barrières non tarifaires en l’absence d’adhésion au marché unique/à l’union douanière

Accord commercial a minima, loin du dispositif de grande envergure initialement envisagé

Manque de clarté au sujet du traitement du secteur tertiaire et des services financiers

De premiers signes d’embellie ?

Grâce à l’accord, Londres devrait éviter le pire, ce qui incite Shamik Dhar, économiste en chef de BNY Mellon Investment Management, à faire preuve d’un certain optimisme.

« Je suis plus confiant que la plupart des observateurs : selon moi, ni le Brexit ni la pandémie de Covid-19 ne devraient laisser de séquelles durables sur l’économie britannique. Je suis convaincu que les estimations les plus pessimistes partent du principe que la croissance de la productivité sera anéantie par le Brexit, ce qui est très loin d’être certain. »

« Nous avons désormais la certitude d’avoir un accord en bonne et due forme, ce qui permettra aux entreprises britanniques de se concentrer sur la productivité à long terme. L’évolution de la technologie nous laisse penser qu’une révolution de la productivité est peut-être imminente, et très largement indépendante du résultat du Brexit. »

D’autres envisagent l’après-Brexit avec moins d’enthousiasme. Selon April LaRusse, spécialiste obligataire d’Insight, des turbulences sont à prévoir au Royaume-Uni et dans l’UE en 2021. Pour elle, « un accord de libre-échange de grande envergure n’étant plus à l’ordre du jour, les observateurs estiment que l’accord a minima devrait coûter entre 4% et 7% de PIB au Royaume-Uni sur le long terme.

« Nos prévisions économiques pour 2021 tablent sur une perte de 3% de PIB en raison du Brexit, compte tenu de l’accord conclu. La zone euro devrait, elle, subir une perte d’environ 0,75%, mais avec des disparités importantes en fonction des pays. »

Conséquences pour les obligations et les actions

Howard Cunningham, gérant obligataire chez Newton, estime que « la conclusion d’un accord devrait mettre un terme à l’effondrement de la livre et à la baisse du rendement des Gilts à 10 ans, tout en limitant le risque d’inflation. Cela étant, cet accord reste un accord a minima qui risque de créer des goulets d’étranglement et de poser des problèmes non tarifaires aux entreprises, le tout dans un contexte de poursuite de la pandémie de Covid-19. »

Rowena Geraghty, économiste chez Mellon, redoute de son côté que la multiplication des démarches administratives ne l’emporte sur les avantages pour certaines entreprises britanniques et européennes.

« Si cet accord minimum limite le risque d’imposition de droits de douane, il ne supprime pas les mesures non tarifaires appliquées aux biens. En vertu de l’accord conclu, les formulaires douaniers à remplir seront plus nombreux et des délais d’attente sont à prévoir dans les ports », détaille-t-elle.

S’agissant des secteurs les plus pénalisés par les termes actuels de l’accord, Rowena Geraghty ajoute : « il pourrait également y avoir des répercussions sur le secteur tertiaire et les services financiers. Notons d’ailleurs qu’ils contribuent bien plus à l’économie britannique que la construction automobile, par exemple. »

Les marchés actions devraient réagir favorablement à l’annonce d’un accord, estime Paul Markham, gérant de portefeuilles en actions internationales chez Newton. Mais, selon lui, « c’est un accord a minima, qui est loin d’être global ; le marché sera probablement soulagé, mais il ne faut pas s’attendre au coup de fouet qu’aurait donné un accord plus vaste. Quoi qu’il en soit, nous pourrions constater un rebond à court terme pour certains actifs anglais ; les titres financiers pourraient bien s’en sortir, tout comme les promoteurs immobiliers et les valeurs cycliques britanniques. »

Paul Flood, collègue de Paul Markham et spécialiste des stratégies multi-actifs, estime que l’accord britannico-européen est dans l’intérêt de tous et devrait permettre aux entreprises de se tourner vers l’avenir. « Retirer le risque de « no deal » de l’équation est une excellente chose pour le Royaume-Uni », souligne-t-il.

Du côté des marchés actions, Paul Flood a bon espoir que le Brexit puisse avoir d’autres conséquences positives. Selon lui, « dans une perspective de long terme, les actifs britanniques sont effectivement bon marché. Malgré toutes les turbulences que nous avons connues, les investisseurs internationaux pourraient à terme s’intéresser à nouveau au Royaume-Uni. Dans ce contexte, le secteur bancaire britannique fait partie de ceux susceptibles de profiter de la clarification de la situation ; d’autres pourraient aussi tirer profit des opportunités qui naîtront de l’ouverture du Royaume-Uni à de nouveaux partenaires ».

À quoi faut-il s’attendre ?

Certains gérants sont plus mitigés sur les résultats à long terme du Brexit. Pour Howard Cunningham, la certitude offerte aux marchés devrait donner lieu à une relative stabilité.

« La certitude joue un rôle non négligeable. Pour le moment, les choses sont un peu plus claires et les investisseurs peuvent faire des projets d’avenir. Toutes sensibilités politiques confondues, une grande partie de la population britannique pense que le Brexit est une bonne chose et a toujours l’intention de dépenser de l’argent. Il y aura forcément des difficultés à court terme en raison des barrières non tarifaires. En outre, des pans importants de l’économie (le secteur des services par exemple) ne sont pas inclus dans l’accord, mais l’économie devrait finir par se reconfigurer », estime-t-il.

Après le départ tumultueux du Royaume-Uni, certains observateurs se demandent désormais si d’autres membres de l’UE souhaiteront suivre l’exemple britannique. Pour Paul Markham, l’impact dévastateur du Brexit sur le capital politique rend de tels départs très peu probables à court terme.

« On peut dire que l’UE a adopté une approche qui a parfois aggravé le mécontentement du Royaume-Uni et aura probablement découragé n’importe quel pays qui aurait envisagé de quitter l’Union. Pour l’heure, il est fort possible que cela dissuade les autres d’imiter les Britanniques », conclut-il.

La boucle est bouclée ? De l’entrée dans la CEE au départ de l’UE

L’engagement européen du Royaume-Uni divise le pays depuis des décennies. La peur d’un « super État européen » et d’une perte de souveraineté hantait le parti conservateur autant que son concurrent travailliste bien avant le Brexit.

L’entrée dans la CEE et le marché commun avait été considérée comme un succès du gouvernement Heath, mais il avait finalement suscité la controverse et avait été suivi, en 1975, par un référendum sur le maintien dans la communauté (c’est alors le travailliste Harold Wilson qui était Premier ministre). Les Britanniques s’étaient à l’époque prononcés contre une sortie de la CEE, avec une nette majorité.

Mais, alors que certains estimaient que les institutions européennes prenaient peu à peu le pouvoir, l’opposition à la CEE/UE est montée en puissance, alimentée par une presse britannique souvent hostile. L’actualité économique a donné de nouvelles armes aux détracteurs de l’UE, qui ont attaqué Bruxelles et la poursuite de l’intégration britannique.

La débâcle du « mercredi noir » de 1992 a obligé le gouvernement conservateur de John Major à retirer la livre sterling du Mécanisme de change européen (MCE) pour enrayer son effondrement. Faisant suite à l’échec de la tentative de maintien de la livre au-dessus de la limite inférieure exigée par le MCE, cet épisode a été considéré par certains comme l’énième faux pas d’un projet qui n’était pas adapté au Royaume-Uni.

Faire progresser le MCE s’inscrivait dans les efforts européens pour créer une monnaie unique. De fait, le Royaume-Uni n’a jamais adopté l’euro. La crise des dettes souveraines qui a débuté en 2008 a renforcé les doutes des Britanniques.

En 2016, dans un contexte d’opposition de plus en plus farouche à l’Europe et d’interrogations sur l’immigration et la liberté de mouvement, les Britanniques se sont prononcés de justesse en faveur du Brexit lors d’un référendum. Même si le Royaume-Uni a officiellement quitté l’UE en janvier 2020, c’est en janvier 2021 que s’achèvera la période de transition de onze mois.

[1] House of Commons Library. Statistics on UK-EU trade (2019 figures quoted).  10 November 2020.

[2] OBR/Reuters. Explainer: The potential impact of Brexit without a trade deal. 07 December 2020.

Informations importantes:

https://www.bnymellonim.com/outlook/global-disclosure/

GE 206546 EXP: 22 JUNE 2021

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