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Pourquoi les financières sont chères

Selon Nick Pope, analyste sectoriel chez Newton, filiale  de BNY Mellon, les investisseurs seraient bien avisés de s’armer de prudence face au rebond actuel du secteur des financières.

Les financières ont récemment « explosé » à la hausse. En dollar, le secteur mondial a enregistré une performance de 14,1% depuis le résultat de l’élection américaine. A l’échelle des Etats-Unis, la progression est encore plus frappante. Le compartiment financier du S&P 500, par exemple, occupe la première place des secteurs aux États-Unis, avec une performance de 16,7% depuis l’élection.1.Reflet de cette situation, les ratios P/E des secteurs de la banque et de l’assurance, au sein du S&P500, se situent à leurs plus hauts niveaux depuis 2008.2.

Lincoln National Corporation, organisme de retraite et d’assurance basé en Pennsylvanie, illustre bien la tendance générale : au 2 février 2017, ses actions avaient progressé de 60% sur les six derniers mois.3Les répercussions du « choc Trump » et les anticipations de hausse des taux d’intérêt se font d’ailleurs sentir dans le monde entier. Au Royaume-Uni, la compagnie d’assurance-vie Prudential, présente sur le marché américain, a progressé de 19% sur les six derniers mois.4.Dans le même temps, les actions du groupe bancaire diversifié japonais Sumitomo Mitsui ont grimpé de 38%.

Selon Nick Pope, analyste sectoriel chez Newton, ce rebond récent n’est toutefois pas en phase avec les perspectives du secteur. En réalité, les banques et les assureurs sont confrontées à un environnement économique présentant de nombreux défis, notamment des taux d’intérêt se situant à un point bas de plusieurs décennies, mais également une hausse de l’endettement à l’échelle mondiale.

Une incertitude élevée

Selon l’analyste, « si les P/E des banques et des assureurs ont retrouvé les niveaux antérieurs à la crise, le rendement des bons du Trésor américains à 10 ans atteignait 6% en 2007, contre 2,4% actuellement, et les prévisions de croissance des résultats des analystes, à l’époque, étaient généralement plus élevées qu’aujourd’hui.5À l’heure actuelle, une hausse des taux de l’ordre de 100 pb est encore nécessaire afin que la pression sur les résultats des compagnies d’assurance-vie diminue. On observe des améliorations marginales, mais les valorisations actuelles anticipent un rétablissement significatif de l’environnement opérationnel, qui ne nous semble pas réaliste. »

« Nous considérons que le niveau d’incertitude est élevé, notamment quant à la capacité du président Trump à relancer l’économie américaine grâce à ses nouvelles mesures ; or les investisseurs n’aiment guère l’incertitude. En vérité, excepté une unique hausse des taux aux États-Unis et la hausse de 100 pb des rendements obligataires à long terme, aucun élément nouveau n’est venu améliorer les perspectives de résultats des financières. Le contexte macroéconomique est légèrement plus favorable, particulièrement aux États-Unis, mais l’essentiel de la hausse récente des titres repose sur des espoirs liés aux politiques que l’administration Trump pourrait mettre en place, ainsi que sur la hausse des rendements obligataires à long terme. Elle n’a pas véritablement d’autre fondement. »

Selon Nick Pope, un facteur clé du rallye des financières a été l’engagement de Donald Trump à démanteler certaines règlementations mises en place au lendemain de la crise financière. La règle fiduciaire du département du Travail6 (qui contient près de 1 000 pages) constitue sa cible prioritaire, mais D. Trump a également affirmé son opposition à la loi Dodd-Frank, notamment à la règle Volcker et au Bureau de protection financière des consommateurs (CFPB).7 Très récemment, il a annoncé une révision de la règle fiduciaire et de la législation Dodd-Frank.

Recul de la règlementation ?

En théorie, l’assouplissement de ces règlementations est susceptible de réduire les coûts de certaines banques et compagnies d’assurance, ce qui explique la hausse des titres. Néanmoins, Nick Pope considère que leur abrogation effective est loin d’être acquise : « selon nous, il n’est absolument pas certain que D. Trump sera en mesure de tenir ses promesses concernant la dérèglementation financière. Or, de grands espoirs sont déjà intégrés dans les prix des financières, ce qui limite dorénavant la hausse potentielle du secteur. »

Selon l’analyste de Newton, de nombreuses entreprises de services financiers ont probablement « nettoyé leurs comptes » dans les années qui ont suivi la crise, et sont désormais plus robustes. Il estime néanmoins que les investisseurs seraient bien avisés d’examiner attentivement le couple rendement/risque qu’offre le secteur des services financiers.

Aux yeux de Nick Pope, même avec des bilans plus sains, les perspectives ne justifient pas les cours actuels. « Selon nous, la hausse récente est avant tout liée à ce que D. Trump est supposé faire. Nous devons alors nous demander si cette réévaluation est justifiée. Or nous ne croyons pas qu’elle le soit. Les banques sont toujours confrontées à des taux d’intérêt très bas, ce qui représente un défi considérable pour leur rentabilité. Indépendamment des décisions que la nouvelle administration ou la Fed prendront à court terme, nous n’observons aucune évolution significative et durable du contexte sectoriel. »

Nick Pope concède cependant que, si Donald Trump parvient à relancer une véritable inflation (c’est-à-dire une croissance des salaires stimulant la demande de biens et de services et poussant les prix à la hausse), cela pourrait déboucher sur une période prolongée de hausse des taux d’intérêt favorable aux financières. Si, dans le même temps, le recul de la règlementation financière encourageait les banques à prendre à nouveau plus de risques, alors les valorisations actuelles s’avèreraient justifiées et Newton aurait eu tort. « Cependant, le marché semble actuellement anticiper de nombreuses retombées positives, alors que la réalité est nettement plus complexe, et le couple rendement/risque des titres financiers présente un biais défavorable. »

  1. 1 CNBC : Loeb : Donald Trump a réanimé la sélection de titres, qui était sur son « lit de mort » », 2 février 2017
  2. 2 Bloomberg, 8 février 2017
  3. 3 Bloomberg, consulté le 3 février 2017.
  4. 4 Idem.
  5. 5 Bloomberg, 8 février 2017
  6. 6 Tous les professionnels financiers gérant des plans de retraite ou fournissant des conseils dans ce domaine sont légalement considérés comme des sociétés fiduciaires ; autrement dit, ils sont tenus, légalement et éthiquement, d’agir dans le meilleur intérêt de leurs clients, et de faire passer l’intérêt de leurs clients avant leur intérêt propre en toute circonstance.
  7. 7 La règle Volcker interdit aux banques les investissements spéculatifs susceptibles d’accroître les bénéfices sans nécessairement profiter aux clients ; le CFPB est un bureau indépendant créé en 2010, après la crise financière, jouant le rôle de « gardien » du secteur protégeant les intérêts des consommateurs, notamment dans le domaine des prêts hypothécaires, des cartes de crédit et des prêts étudiants.

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